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A une certaine heure, une certaine nuit, alors que le sommeil ne venait pas, j'ai décrété que c'était nul d'être si grande.
D'abord parce que je ne suis pas le petit bout de femme qu'on a tout le temps envie de serrer dans ses bras, ce reste d'enfance à qui on a toujours envie de faire un tas de bisous. Enfin inconsciemment c'est comme ça, je ne peux en vouloir à personne.
Je ne vais à aucun garçon physiquement parce que rares sont ceux qui me dépassent franchement. Je suis celle qui embrasse le front de son amoureux et qui doit le faire monter sur une marche pour pouvoir poser la tête au creux de son cou.
Je ne suis pas celle qui écoute battre le c½ur des autres, ni celle qui oserait mettre des talons.
Non moi je suis celle qui voit plus loin certes, celle qui te regarde de haut si tu mesures moins d'1m75. Celle qui ne sait jamais où mettre ses grandes jambes, qui ne peut jamais les allonger sans toucher les pieds de la personne de devant. Celle qui ne trouve jamais de pantalon parfaitement coupé, celle qui n'a jamais eu l'honneur de faire un ourlet, celle qui ne trouve jamais de chaussures pointure 42.
Et parce que je ne serais jamais la nouvelle égérie de Christian Lacroix, parce que je sais qu'il serait bien plus doux avec moi si j'étais un peu plus petite, parce que ça ne me fait pas courir plus vite, parce que ça me rend fragile, parce que j'ai systématiquement droit aux "Qu'est-ce qu'elle est grande" ou "Oh tu as encore grandi !", parce que je trouve simplement ça ridicule, tout ça m'est inutile.
Bien sûr, on me dira que j'ai déjà la chance de pouvoir marcher, que certaines en rêveraient ou d'autres choses bien vraies. Mais si j'espère un jour être satisfaite de ce que je suis, ça vous paraîtra peut-être un peu plus beau.